Marche du premier mars

Site officiel

Ce fameux premier mars

En 1848, une vague d’émancipation traverse l’Europe ; c’est le « Printemps des peuples ». Le pays de Neuchâtel ne reste pas insensible aux bouleversements qui s’opèrent en Europe. Depuis les tentatives manquées de 1831, les cercles républicains œuvrent à l’avènement nouveau. Le 26 février, l’annonce du soulèvement parisien contre Louis-Philippe réveille les esprits. Serait-ce le bon moment ? Tout va se décider très vite. Malgré la saison peu propice, les Républicains, arborant les couleurs fédérales, occupent le Locle le 29 février et diffusent, après l’abdication des autorités de la ville, la proclamation suivante :

« Habitants du Locle, une Révolution pacifique vient de s’accomplir dans notre localité.
Les pouvoirs civils et militaires viennent d’être remis entre nos mains. Nous en usons de suite pour vous recommander le calme et l’ordre, qu’au besoin nous saurons maintenir.

Voici notre programme :
- Oubli du passé ;
- Respect des personnes et des propriétés ;
- Ordre fondé sur la liberté.
Le Comité :
Henry Grandjean- David Perret, fils- Auguste Lambelet-Auguste Leuba- Edouard Girod»

Le soir même, la Chaux-de-Fonds et le Val-de-Travers suivent le mouvement. Les comités révolutionnaires délibèrent et s’attèlent à la tâche. Soucieux de ne pas reproduire les mêmes erreurs qu’en 1831, on veille aux préparatifs militaires et politiques afin d’assurer la stabilité nécessaire à la mise en place d’un régime provisoire.

Fritz Courvoisier prend le commandement militaire. Réunis en armes à la Chaux-de-Fonds, les hommes prêtent serment d’ « être fidèles à la République et canton de Neuchâtel, de s’y dévouer corps et biens, et d’observer strictement la discipline militaire de la Confédération suisse, notre chère patrie ». On trouve des armes en suffisance, seule la poudre se fait rare.

Fritz Courvoisier (1799-1854) source: Réseau des bibliothèques neuchâteloises et jurassiennes

Fritz Courvoisier (1799-1854)
source: Réseau des bibliothèques neuchâteloises et jurassiennes

Le soir du 29 février, le gouvernement loyal au Roi, le Conseil d’Etat, décide de se retirer comme en 1831 tout en sollicitant l’intervention fédérale. Après avoir licencié la garde soldée, il quitte le château. Durant cette même nuit, l’officier Ami Girard, prévenu par messager à Saint-Imier, rejoint le rassemblement accompagné les 200 à 300 hommes qu’il a pu réunir.

Dans les rues illuminées, on monte la garde et dans les demeures républicaines, on prépare des cartouches. Sous l’impulsion d’Ami Girard qui est bien résolu à « battre le fer pendant qu’il est chaud », les officiers et comités locaux décident à 7h du matin la descente sur le Château afin de parer à toute intervention royaliste du Littoral ou du Val-de-Ruz. Marqué par l’échec de 1831, Fritz Courvoisier obtient l’assurance qu’un gouvernement sera formé dans l’assemblée générale de l’après-midi et qu’il s’en ira rejoindre les troupes.

Ce matin du 1er mars 1848, il neige par rafales, le soleil apparaît à de rares moments. A 10h, depuis la place de l’Hôtel de Ville, 500 à 600 hommes des montagnes portant un brassard blanc et 200 à 300 hommes du Val de St-Imier se mettent en branle. Ils sont menés par les officiers Fritz Courvoisier et Ami Girard, tous deux à cheval. La progression est difficile, il y a près d’un mètre de neige en campagne. Deux chars chargés de provisions suivent la colonne alors que deux triangles tirés par des chevaux frayant un chemin la précèdent.

A midi, la troupe fait une halte au col de la Vue-des-Alpes profitant d’une éclaircie, puis entame la descente sur le Val-de-Ruz où elle est renforcée par une centaine de patriotes. A Malvilliers, on s’empare d’une petite troupe royaliste et à Valangin, de 2 canons. Aucune résistance ne freine la colonne qui s’arrête à 17h30 à Pierre-à-bot pour attendre les ordres du gouvernement provisoire. Mais le Président du nouveau gouvernement, Alexis-Marie Piaget, avait été retenu la veille par des royalistes aux Hauts-Geneveys ce qui engendra quelques retards. Finalement libéré par des républicains de Cernier, il a pu gagner La Chaux-de-Fonds à temps pour être confirmé dans ses fonctions.

La nuit tombant, l’attente persistant et les hommes ayant faim et froid, les chefs décident de poursuivre. La ville silencieuse et calme est occupée. Une partie de la troupe s’empare prend possession du château sans difficulté aux alentours de 19h. Le nouveau gouvernement arrive finalement au chef-lieu à 21h et ayant pris possession des lieux, se met promptement au travail comme le relate Numa Droz : « En moins de 24 heures d’intervalle, les lampes qui avaient servi pour la dernière séance de l’ancien régime, allaient éclairer le labeur fécond des nouveaux venus, gouvernants improvisés dont, nous allons le voir, les coups d’essai furent heureusement des coups de maîtres ». En cette journée intense, caractérisée tant par la spontanéité que par l’ordre et la modération, était né la République neuchâteloise.

Lire la suite dans le chapitre L’instauration de la République.

Texte rédigé par Matthieu Lavoyer, étudiant en Histoire, Université de Neuchâtel, 2009